Les grandes batailles du bois des loges.

 

Après la victoire sur la marne ( 8-12 septembre 1914), l’état major Français décide de poursuivre l’offensive en tentant de contourner l’ennemi dans l’Oise avec la VIème Armée. Pour ne pas se faire déborder, les troupes Allemandes décident d’engager leurs réserves.

Ainsi, ils mettent en échec la manœuvre française sur la rive gauche de l’Oise et réussissent à stopper son offensive en enfermant la 37 D.I dans Carlepont.

Se voyant bloquée dans l’Oise, l’armée française, tente à son tour un débordement au Nord de Lassigny . Cette manœuvre sera mise en échec par l’arrivée dans ce secteur des XVIIIème et XXIème corps d’armée allemands.

L’objectif français est de contourner par Fresnières et la ferme de la Taulette, les troupes Allemandes qui tiennent Lassigny.

La bataille est meurtrière. Les troupes africaines de la 4ème Brigade Marocaine se trouvent encerclées à la Taulette et se font massacrer.

Les 98ème et 16ème R.I sont contraints de reculer et d’abandonner Fresnières et Crapaumesnil.

La pression allemande est trop forte. Les renforts français arrivent vite avec les 7ème et 56ème D.I qui tentent à leur tour un mouvement de débordement mais déjà les premiers régiments du 9ème corps de réserve allemands sont en place au nord de Beuvraignes, prêts à stopper toute initiative française.

Cette suite d’engagements successifs des troupes vers le nord, donnera naissance à " la course à la mer ".

Fin septembre, des esquisses de tranchées prennent naissance. Les nouvelles ne sont pas bonnes, des mouvements de troupes ennemis sont aperçus dans les plaines. Une attaque est imminente. Le 16 R.I tient le Bois des Loges face à Fresnières et Crapeaumesnil tandis que le 98ème R.I tient Beuvraignes et les Loges.

Le 4 octobre les troupes allemandes passent à l’attaque. La panique s’empare des troupes françaises et l’ordre de recul est donné.

 

Épuisé les belligérants s’enterrent davantage, l’infanterie des deux camps cherche le contact en organisant des patrouilles ; une fois l’ennemi localisé, une tranchée profonde est creusée à proximité de l’adversaire, permettant ainsi, de contenir l’envahisseur.

La situation devant les Loges est intenable. Des centaines de cadavres sont dans le no mans’land. Il est impossible de les retirer car ceux qui passent la tête hors des tranchées sont immédiatement abattus.

Les tranchées du Bois des Loges

Un médecin allemand vient parlementer et demande une trêve pour le ramassage des corps. Cette faveur lui est refusée.

Des équipes de brancardiers sont envoyées pour que les soldats français soient enlevés et puissent recevoir une sépulture digne de leur héroïsme.

Au cours de ces ramassages, un soldat du 121ème R.I découvre sous une trentaine de morts un drapeau dans sa housse. Il s’agit de celui d’un bataillon du 49ème I.R de Poménarie.

Le drapeau est attribué au 98ème RI qui prendra le surnom de " Régiment du Bois des Loges ".

Après les combats de la mi octobre, la situation sur le front de Lassigny-Beuvraignes se calme, la ligne de front se généralise et s’étend sur un front de 700 kilomètres  de la mer du Nord à la frontière Suisse.

Dans l’Oise, le front se dessine en passant par Crapaumesnil, Canny-sur-Matz, Lassigny, Thiescourt, Ribécourt, Bailly, Tracy-le-val, Moulin-sous-Touvent et Autrêches.

Dès lors, va naître une guerre nouvelle : la guerre de position. Le Nord-est du département de l’Oise va être défiguré par plusieurs lignes de tranchées successives reliées entre elles par de nombreux boyaux. Entre chaque ligne, des kilomètres de fils de fer barbelés protègent cette nouvelle frontière.

Le Bois des Loges est transformé en centre de résistance avec tranchée et boyaux de liaisons. Des abris souterrains, des redoutes et de l’artillerie de tranchée sont installées.

Outre la construction des tranchées, les troupes sont également occupées à la réalisation de nombreuses patrouilles ou assauts localisés.

Ainsi, l’année 1914 se terminera avec plusieurs attaques sanglantes, notamment sur le Bois Triangulaire le 19 décembre ( Canny-sur-Matz).

La guerre des mines fait également son apparition partout ou le terrain s’y prête, notamment à Beuvraignes où les explosions de mines sont quotidiennes. Les Français creusent des galeries sous les lignes allemandes et les garnissent d’explosifs avant de tout faire sauter.

Les Allemands leurs rendent la pareille et une course s’engage à celui qui fera sauter l’adversaire le premier.

De nombreux soldats et sapeurs seront ainsi ensevelis lors de cette guerre des mines.

L’année 1915 est l’année où le Maréchal JOFFRE applique sa tactique du " grignotage " en lançant des offensives meurtrières en Champagne ou en Artois. Pour cette dernière, le département va jouer un rôle en menant le 6 juin une attaque de diversion sur le front de Moulin-sous-Touvent. Elle se soldera au bout de 15 jours par la prise de quelques tranchées et des milliers de morts.

Pendant ce temps, la troupe continue son œuvre tentaculaire. Les soldats creusent, les bombardements et les pluies diluviennes transforment les boyaux en cloaques où les fantassins s’enfoncent jusqu ‘aux cuisses.

La fin de l’année 1915 sera marquée par la relève de nombreuses troupes allemandes sur le front de l’Oise dont certaines sont présentes depuis le mois de septembre 1914.

Mais la venue la plus inquiétante est celle des 1ère et 2ème Division de la garde du Kaiser dans le nord ouest du département. Elles s’installent le 19 octobre 1915 entre Roye et Thiescourt .

Les tranchées du Bois des Loges

L’année 1916 sera pour le département de l’Oise celle des interrogations. Les Allemands préparent-ils une diversion sur le front de l’Oise avec leurs troupes de chocs ?

Pour parer à cette éventualité, l’état major français envoie  sur le front du département plusieurs divisions coloniales, Marsouins, Zouaves et Tirailleurs multiplient leurs patrouilles à la recherche d’indices sur une éventuelle offensive. De nombreux abris bétonnés sont construits, les réseaux de barbelés sont renforcés, la tension devient plus grande et finalement, 1916 sera l’année de Verdun puis de la Somme où les troupes d’élite présentes près de Lassigny seront transférées.

Dans l’Oise, la guerre suit sont cours, les patrouilleurs ramènent leurs morts quand ils ne sont pas contraints de les laisser sur le terrain. Les bombardements quotidiens apportent leurs lots de destruction sur les villes et villages de l’Oise.

L’hiver 1916-1917, sera le plus rude de toute la guerre. La Picardie n’échappe pas aux caprices du temps. La neige, le froid atteignent par endroit –30°, le dégel et les pluies diluviennes transforment tantôt les tranchées en patinoire, tantôt en bourbier où les hommes risquent chaque jour l’enlisement.

Outre le mauvais temps, les observateurs d’artillerie français remarquent des panachent de fumées au loin dans les villages en zone occupée par l’ennemi.

En janvier et février 1917, d’autres incendies sont visibles et se rapprochent de la ligne de front. Des explosions se distinguent également et laissent penser à un dynamitage.

Des avions d’observation sous bonne escorte sont envoyés en reconnaissance afin de découvrir l’origine de ces incendies et de ces explosions.

Le front allemand s’anime. La 15ème Division de Landwehr dont la plupart des soldats occupent de front depuis septembre 1914 reçoit le renfort de plusieurs divisions.

Les 46ème, 213ème et 11 I.D, la 44èmeR.D et la 47èmeLID viennent en appui pour exécuter le plan du Maréchal Von Hindenburg, "  le repli stratégique ".

L’état-major français, quant à lui, a des ambitions ; en haut lieu se prépare une offensive de grande envergure ayant pour front le village de Lassigny jusqu’à l’extrême limite Est du Chemins des Dames. Aussi le commandement a bien du mal à croire à un repli des troupes allemandes. Pourtant les reconnaissances aériennes sont formelles. Depuis plusieurs mois, des tranchées sont en cours de construction sur une ligne passant par Arras, Saint-Quentin et la Fère.

Le 14 mars 1917, une patrouille française part aux renseignements dans les tranchées adverses devant le Bois des loges. Stupéfaction, les lignes ennemies sont vides de combattants.

Le 17 mars, sur tout le front, des patrouilles fouillent les lignes allemandes et essuient quelques coups de feu isolé. Ce ne sont en fait que quelques soldats ennemis placés là pour couvrir la retraite et essayer de leurrer le plus longtemps possible les troupes françaises.

Le lendemain, quelques cavaliers se lancent à la poursuite de l’ennemi. Ils découvrent les ruines et la désolation. Tout est anéanti, les demeures, les terres, les routes, les arbres. Tout ce que l’ennemi n’a pu emporter à été détruit. Avec difficulté et prudence, ils parviennent jusqu’à Noyon.

 

Les deux premiers mois de l’année 1918 seront consacrés par les allemands à la préparation de la " Grande Bataille de France" ; bataille décisive, qui doit amener les troupes du Kaiser à Paris. Lorsque enfin tout est prêt, le 21 mars 1918 à 4 heures 40, les bouches à canons ouvrent le feu . En 5 heures, plus de 2 millions d’obus de tous calibres sont tirés par la seule artillerie de campagne.

Du coté français, la réaction ne se fait pas attendre. Le 22 mars au matin, le Général Pellé, commandant le 5ème Corps d’Armée Français, se voit confier le commandement d’un groupement de force destiné à entraver la marche ennemie et à recueillir les restes de la  5ème Armée anglaise qui bat en retraite. Mais la pression allemande est forte. Le 25, Noyon est abandonné aux Allemands pendant que la 3ème Armée du Général Humbert organise sa défense dans les anciennes positions de 1917 et contient l’ennemi. 

La route de Compiègne devant Noyon étant barrée, Von Hutier commandant la 18ème Armée Allemande envoie ses troupes d’assaut et de la garde pour tenter un passage en force au nord de Lassigny .

Du coté français, la 1ère Division de cavalerie est envoyée au Bois des Loges pour stopper l’ennemi mais celui-ci contourne le bois et prend la direction de Boulogne-la-Grasse où les combats vont être enragés et l’offensive allemande stoppée.

Du mois d’avril au mois d’août 1918, le Bois des Loges est allemand. Il sert à camoufler l’artillerie et la troupe en vue de l’attaque sur le Matz au mois de juin.

Une nouvelle fois, cette offensive allemande sera un échec pour la 18ème armée de Von Hutier.

Le 8 août 1918, les alliés prennent l’offensive entre Montdidier et Albert

C’est un succès pour les Français et un jour de deuil pour les Allemands. L’ennemi recul et aussitôt, la 3ème armée du Général Hunbert passe à l’offensive devant Montdidier et Boulogne-La-Grasse.

Le terrain se gagne mètre par mètre car si l’ennemi manque de combattants, il ne manque pas de pas de munitions et ses mitrailleuses causent de nombreuses pertes coté français.

Le 11 août 1918, la 165ème D.I, se trouve devant le Bois des Loges et reçoit l’ordre de le prendre.

A peine les soldats français font-ils quelques dizaines de mètres dans les fourrés que les grenades, torpilles et mitrailleuses provoquent un feu destructeur.

Après plusieurs tentatives et échecs, l’ordre est donné d’attaquer le Bois par le Nord-Est et le Sud-Est.

Il faudra 6 jours de lutte acharnée pour que l’armée Française redeviennent maîtresse du Bois des Loges.

Dans la nuit du 17 au 17 août, la 129ème D.I remplace la 165ème DI qui est décimée par 8 jours de combats.

Les Chasseurs Alpins de la 129ème D.I doivent poursuivre l’offensive vers l’Est.

Coté, Allemand, la nouvelle de la perte du Bois des Loges fait craindre à l’état major une rupture du front devant Crapeaumesnil. Aussi il envoie la 6ème Division Bavaroise en renfort dans le but de reprendre le Bois. La lutte durera 10 jours pendant lesquels la lisière du Bois des Loges et les ruines des villages de Crapeaumesnil et Fresnières seront perdues et reprises à maintes reprises.

Le 28 août, les Allemands abandonnent définitivement le secteur Nord de Lassigny et battent en retraite jusqu’à 

l’Armistice du 11 novembre 1918.